Le blog de la prospective

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VOUS AVEZ DIT D.D. ?


Vous aussi vous êtes envahi (e) par le Développement Durable. Il ne se passe pas une minute sans que le DD - pour Développement Durable - ne vienne terminer une phrase ou argumenter un discours administratif auquel vous n’avez rien compris. On vous sert du DD à toutes les sauces. Une formule alambiquée sur laquelle nous nous sommes penchés à plusieurs reprises ces dernières années dans le cadre de nos travaux.

Notre 3° étude prospective sur l’habitat bouclée nous souhaitons vous faire partager nos considérations sur le DD en matière d’habitation.


Afin d’abréger votre mal-être face à la dite formule alambiquée, nous allons tout d’abord définir celle-ci. Le DD est un concept, créé par les Anglo-Saxons, qui caractérise « l’intérêt public – tous publics – répondant aux besoins des générations humaines du présent sans compromettre les besoins des générations futures, appliqué à tous les secteurs de l’économie ». En clair : selon le principe du DD quand on fait quelque chose il faut le faire en pensant à ne pas compromettre la vie des futures générations. La formule DD est volontairement floue pour qu’elle puisse être déclinée à tout va. En France, le concept a été pris en mains par l’Etat et ses services et propulsé à tous les étages. L’administré se fait ainsi rouler dans la farine parce qu’il n’ose  pas contredire une aussi belle intention. Pendant ce temps l’Elu et le Fonctionnaire peuvent vivre tranquilles.


Le DD a été intégré en France au Grenelle de l’Environnement. Vous savez : ce machin composé de bonnes intentions vertueuses, qui n’a pas accouché d’application pratique pour que le Français puisse vivre avec son environnement. Eh oui on ne change pas les habitudes aussi facilement. Tout au plus le Grenelle a dicté des principes que chaque citoyen prend ou ne prend pas à son compte. Par contre le Grenelle a été et est un formidable tremplin pour des professions du bâtiment qui n’avaient rien trouvé de neuf à dire depuis 50 ans. C’est ainsi que nous entrons dans nos travaux sur l’habitat.


Notre réflexion s’est portée sur l’évolution de l’habitat en général et sur l’habitat intégrant du DD, à savoir des matériaux et un assemblage de conception récente. Voici les grandes lignes de nos conclusions :

- L’habitat traditionnel – l’ancien et la rénovation – et l’habitat à DD – sans jeu de mots - vont continuer à cohabiter.

- La vie dans l’habitat à DD, qui a environ 15 ans d’existence, s’avère à l’usage être une source de problèmes.

- Le marché de l’immobilier étant devenu une fois pour toutes très volatil, le futur acquérant ne veut plus investir pour la vie.

- Le type d’habitat – traditionnel ou DD – est fonction de l’âge de l’acquérant et non pas de son pouvoir d’achat.


Nous nous sommes intéressés aux causes et aux conséquences de cette situation. Les causes sont bien connues du public mais il est utile de les rappeler ici :

- Le commun des mortels est conscient que la construction se revendiquant du DD n’est pas faite pour durer. Les matériaux et les nouvelles techniques d’assemblage commencent à parler à l’épreuve du temps. Le résultat est souvent désastreux.

- Le prix de la construction et le prix des matériaux relatifs au DD sont exorbitants, au regard de ce que coûtait la construction traditionnelle il y a quelques années. Personne ne peut justifier ces différences.

- Il commence à se propager des rumeurs, plus ou moins fondées, de toxicité des nouveaux matériaux. A l’instar des rails pour placo qui fusionnent les ondes électriques.

- Les nouvelles habitations ne respirent pas. L’isolation, soi-disant bénéfique à moyen terme pour le porte-monnaie, étouffe les habitations jusqu’à les dégrader.

- Les matières premières dites nobles comme le bois, sont employées à tort et à travers par les constructeurs qui font abstraction des particularités climatiques régionales.

- Le service après-vente des constructeurs est devenu l’arlésienne. Le client sait maintenant qu’il doit approfondir ses connaissances techniques pour compenser ces vices.

- Nombre de constructeurs sont mis en cause par leurs clients pour vice de fabrication ou défaut de prestation. Aucune région française n’est épargnée.


Les conséquences de la situation préalablement décrite sont les suivantes :

- Jamais la méfiance du citoyen n’a été aussi grande vis-à-vis des professionnels de la construction.

- Jamais le désir d’accès à la propriété n’a été aussi faible dans la population. Par contre l’attrait pour l’ancien a le vent en poupe.

- Le citoyen, qui était un peu bricoleur, est devenu véritable constructeur. Les marchands de matériaux traditionnels et de matériels ont encore de beaux jours devant eux.

- L’habitat individuel n’est plus la panacée pour les résidents en habitat collectif. Ou comment supporter la promiscuité plutôt que de devoir supporter les humeurs de son habitation !


Le constat est très préoccupant. La notion de DD dans l’habitat est devenue une gageure. On s’achemine rapidement vers un blocage psychologique du citoyen à son égard.

Cet article traite du Développement Durable dans l'habitat. Ou comment l'avenir n'est pas rose. © 2011

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